mardi 24 mai 2016

Andrea Mantegna - Cristo morto

Peu de commentaires à faire sur ce Cristo morto appelé encore Lamento sul Cristo morto, tant la force de l'artiste s'exerce là: une sorte d'expressionnisme, qui se joue avec la perspective et la vue en plongée. Le Christ ici n'a pas de visage, puisqu'il est vu sous l'angle de la plongée : il n'est plus qu'un menton, une mâchoire, un semblant de visage aux traits fatigués, car il n'exprime pas la mort, mais le sommeil. Seules les femmes – Marie, vraisemblablement à gauche, et Jean l'Apôtre, dont le visage est seulement esquissé, indiquent, par leurs pleurs, la mort de Jésus. Peinture a tempera (peinture à l'eau) d'une immense audace, Andrea Mantegna se permet un déplacement du regard. La plongée s'oppose à la contre-plongée habituelle, où le Christ, même mort, domine les spectateurs depuis sa croix.Les couleurs sont intrigantes : ont-elles passé avec le temps, ou bien Mantegna a-t-il choisi délibérément une teinte monochrome qu'il décline, jouant sur les ombres, le détail du linceul, comme si plusieurs centaines d'années auparavant, il avait inventé la photographie en couleur sépia.
Le corps apparaît ainsi écrasé, fait tout de chair dont l'esprit est appelé à triompher, et le réalisme des plaies sur les mains et les pieds renforcent encore cette idée d'un corps de souffrance abandonné là sur ce lit. Au-delà du corps, tout son soin de peintre est apporté à la réalisation du drapé qui évoque l'antique dont les peintres de la Renaissance italienne s'inspirent pour assurer encore davantage la majesté des corps, et de l'expression en général. Il n'est jusqu'au détail du tissage de l'oreiller qui renvoie encore le sentiment de relief et de profondeur qui accentue ce jeu de perspective.
On hésite à penser que Mantegna a pu utiliser des corps réels comme modèles, mais on sait que Leonardo da Vinci l'a fait, lui qui lui est contemporain et seulement un peu plus jeune.
Il Cristo morto est une peinture rare, qui joue avec les conventions pour exprimer encore plus fortement la réalité de la souffrance de l'homme mort et de ceux qui le pleurent, délaissant tous les symboles iconographiques utilisés dans les périodes antérieures pour se rapprocher  de la réalité du corps supplicié.

Andrea Mantegna - Cristo morto  - 1480
La peinture est visible à la Pinacoteca di Brera de Milan.

vendredi 13 mai 2016

Gerda Wegener

Gerda Wegener (1885-1940) Young Man, Bare Chested
1938
Via Art Blart

samedi 30 avril 2016

Hans Holbein - Les ambassadeurs

Hans Holbein le Jeune - Les ambassadeurs - 1533

Le principe de l'anamorphose est un jeu ancien de la représentation du réel par une image faussée : il s'ensuit que l'on ne peut regarder ce réel qu'en adoptant une perspective singulière qui permet de retrouver les proportions originales du sujet que l'on regarde. Dans ce très célèbre tableau d'Holbein, visible à la National Gallery de Londres, l'anamorphose s'applique en particulier à la vanité qui est le sujet complémentaire du tableau : il faut d'abord considérer le commanditaire, Jean de Dinteville, bailly de Troyes, ambassadeur de France à Londres qui est représenté à gauche. Le personnage situé à droite est Georges de Selve, également diplomate. Les deux hommes ont en commun le goût des humanités, représentées ici par les instruments du savoir : mappemondes, astrolabes, livres et la présence du luth rappelle que la musique joue également un rôle très important. Et cependant, le crâne représenté anamorphosé vient rappeler que la haute position sociale des deux hommes, leur immense savoir que cette période de la Renaissance ouvre à nouveau à l'humanité ne débouchera que sur la seule issue commune à tous les hommes. C'est ainsi un rappel à l'humilité autant que l'apologie de la connaissance, intriquant indéfectiblement les deux systèmes de vertus : il ne sert à rien d'avoir la connaissance comme moyen de promotion sociale si l'on ne sait, en même temps que tout cela ne peut être qu'éphémère, et qu'à ce titre, cette connaissance doit être utilisée à bon escient.
Ainsi, si l'on veut regarder le crâne de manière à retrouver ses justes proportions, il faut se situer à gauche ou à droite du tableau ; autre façon de signifier que l'on ne peut vraiment regarder la mort de face...

samedi 23 avril 2016

mercredi 20 avril 2016

dimanche 10 avril 2016

Neige nippone

Werner Bischof (1916 - 1954) 'Courtyard of the Meiji shrine' Tokyo, Japan 1951
Werner Bischof (1916 - 1954)
Courtyard of the Meiji shrine
Tokyo, Japan, 1951
© Werner Bischof/Magnum Photos
Via Art Blart

dimanche 3 avril 2016

jeudi 31 mars 2016

lundi 28 mars 2016

Chapman brothers

Chapman family collection - 2002 (détail)
Jake et Dinos Chapman s'inscrivent dans cet art de l'iconoclasme, exploré autrefois par les surréalistes, aujourd'hui largement noyé dans le travail de nombreux artistes contemporains. Leur travail est efficace : il allie l'humour à la provocation, utilisant les thèmes de la guerre, du sexe, de la consommation comme culture de masse. On y retrouve les influences de Salvador Dalí, Hans Bellmer, et quelques autres en situant leur esthétique dans un cadre facilement identifiable pour le commun des visiteurs, ce qui accentue encore davantage l'effet d'iconoclasme
Ici, dans une exposition présentée à la Tate Britain en 2013, il s'agissait de fondre les images de la junk food représentée par Mac Donald's dans l'esthétique précise d'un art africain traditionnel unanimement reconnu comme «authentique» par la doxa, même si, la plupart du temps, les codes des masques africains échappent à la plupart des amateurs d'art : absence généralement de datation des périodes, des ethnies, et peu importe, puisque ce n'est pas l'art des Africains que l'on a envie de voir, mais l'art que l'on se représente comme étant celui des Africains.
Ici, le message est clair : le télescopage entre le fameux bun rond dégoulinant d'une feuille de fromage industriel dans un pain transformé en masque renvoie directement à cette confrontation entre deux mondes, deux systèmes culturels sans aucun point commun possible, que l'esthétique singulière des formes du masque rend redoutablement efficace.

jeudi 17 mars 2016

vendredi 11 mars 2016

Louis Janmot - Autoportrait

Combien étrange est cet autoportrait de Louis Janmot dont la précision et la volonté d'hyperréalisme annonce déjà d'autres grands courants de ce XIXe siècle. Elève d'Ingres, il est aussi influencé par Hippolyte Flandrin, dont Le jeune homme nu assis au bord de la mer, peint à Rome en 1836, eut le succès qu'on lui connaît encore, influençant au XXe siècle les photographes.
Ici, Louis Janmot, dont la peinture est marquée plus tard par une prégnance importante du catholicisme, se portraitise lui-même avec cette espèce d'autofascination pour un visage jeune dans lequel il se cherche – il a alors dix-huit ans–, et si les traits masculins sont décelables, il donne également à voir certains traits encore féminins, recherche, peut-être d'une identité d'homme avant celle de peintre, qui lui est également indéfectiblement liée : sa palette, outre la convention d'autoportrait à la palette des peintres, est une protection autant qu'un emblème qu'il tient comme une jeune femme tiendrait un éventail, et il nous indique qu'il est gaucher ! Belle œuvre dont on peut déceler un aspect un peu provocateur...


Louis Janmot - Autoportrait à la palette - 1832





Hippolyte Flandrin - Jeune homme nu assis au bord de la mer - 1836
Le Musée de Beaux-Arts de Lyon donne à voir l'exposition «Autoportraits. De Rembrandt au selfie» du 25 mars au 26 juin 2016.